[(c|match{'c'}|?{'

Vous êtes ici : Accueil > Théâtre > Actualités > Hommage à Youssef Haddad
  • Hommage à Youssef Haddad

    • Enregistrer au format PDF
    • impression
    • Agrandir le texte
    • Restaurer la taille normale
    • Réduire la taille du texte
  • Né en 1944 à Hasroun, au Liban, Youssef Haddad était un homme de théâtre, à la fois comédien, conteur, metteur en scène, intervenant social et poète.

     

    Diplômé en 1971 de l’Institut des Beaux-Arts de Beyrouth, il a en été chef du département d’art dramatique avant de rejoindre le département théâtre de l’université Paris 8, où il soutient sa thèse en 1975. Il est d’abord recruté comme chargé de cours en 1977 puis comme enseignant-chercheur associé depuis 1986 jusqu’à son départ en retraite.

     

    Youssef a formé de nombreux étudiants à penser et à

    mettre en oeuvre une pratique artistique qui utilise certaines techniques du théâtre au profit de populations en difficulté (prison, maison de l’adolescence, hôpitaux)

     

    Le département garde en mémoire un sourire qui faisait pétiller son regard malicieux. Youssef se faisait un devoir d’offrir une présence heureuse à tous ceux et celles collègues ou étudiant(e)s qui poussaient la porte de ses cours ou de ses permanences pédagogiques. Il ne comptait jamais son temps et savait faire preuve d’une patience infinie pour que chaque étudiant(e) parvienne à définir son propre chemin de réussite universitaire et professionnel. Ses permanences demeurent pour toute l’équipe du département théâtre un modèle de générosité pédagogique dans une époque où les difficultés sociales - qu’il savait reconnaître et surtout entendre - se multiplient.

     

    Sa présence solaire et les voies qu’il a ouvertes sur les liens entre l’art et la santé publique, pour une pratique professionnelle spécialisée en milieux scolaires, thérapeutiques et protégés demeurent comme autant d’encouragements à ne jamais désespérer des effets bénéfiques que les arts vivants peuvent apporter - même modestement - dans les moments et les endroits trop nombreux où la vie s’assombrit.

     

    Les articles et ouvrages scientifiques de Youssef Haddad (Art du Conteur, Art de l’acteur, Éditions des Cahiers Théâtre Louvain, 1982) ainsi que ces nombreuses contributions au "Cahier de poétique" du CICEP* et ses ouvrages poétiques (L’Exorcisme, Ailleurs 1.2.3., Au deçà de là, publiés aux Éditions L’Harmattan) ont fait l’objet de plusieurs publications, de lectures et de spectacles interdisciplinaires en France et à l’étranger.

     

    Pour le Collectif du département théâtre,
    Marie-Ange Rauch et Luigi D’aria

     

    *Centre International de Créations d’Espaces Poétiques et de Recherches

     

    Une cérémonie en son souvenir sera célébrée ce vendredi 26 mai 2023 en la paroisse Saint Pierre Saint Paul - 1 avenue du parc à Fontenay aux Roses 92260 à 15h.

     

    Il sera ensuite inhumé au cimetière du Plessis Robinson -

    26 avenue Édouard Herriot à 16h30

     


     

    Mon très cher Youssef,

     

    Notre camarade en poésie en théâtre en culture et en contes.
    Tu es mon frère un compagnon de lutte pour créer la joie, tu proposais l’amour d’un père, d’un frère d’un compagnon.
    Parmi les nombreuses contributions que tu fis avec nous pour les cahiers de Centre International de création d’Espaces Poétiques et Dieu sait si par tes ateliers de contes tu as retenu tant de générations d’étudiantes et étudiants de tous les coins du monde et qui t’adoraient tant tu les comprenais.
    Une fois lors d’une visite en l’an 2000 pour une passion Maïakovski à l’hôpital Esquirol le directeur de l’hôpital nous a convié expressément dans son bureau pour nous faire écouter une parole extraordinaire qui le soutenait et l’informait dans son travail... et c’était toi qui parlais.
    En effet, l’excellent travail auquel tu t’es astreint toujours avec ta joie à l’Hôpital de Saint Denis, « Ados et sens ! La violence un problème de santé publique » avec le Dr. Abram Coen... Tu manques déjà si cruellement.

     

    Stéphanette Vendeville

     

    J’ai retenu un de ces poèmes que tu dédiais
    à Laure

     

    La chose extraordinaire de ce jour

     

    La nuit est mon miroir
    Je ne te vois guère
    Pour t’embrasser
    Alors je me recueille
    J’accueille ta voix
    Main géante
    D’une déesse antique
    je prélude ma danse sur ta voie…
    Mon cœur sous mes pas de soie
    Brise ses barrières au seuil
    D’une nébuleuse tête de coton
    Mon corps s’ouvre parfume l’air
    Mon corps se referme épouse le sol
    Mon corps se balance, se balance, se balance
    Changeant, permanent
    Se rétrécit
    Se dilate graduellement
    Se dépouille de ses poids
    Perpétuellement ressourcé d’une galaxie voie-lactée
    D’une flûte qui invoque ton nom
    Qui se lamente, respire…
    Soupire dans ma voile
    D’une eau jaillissante dans mon envol..
    Envole
    Vol…
    Voole
    Siii lenn ce !
    Eéé Couuu te !

     


     

    En ce moment de triste solitude pour nous, Youssef, tu es bien Au-deçà de là – titre français de l’un de tes recueils bilingue de poèmes, qui en arabe sonne autrement et multiplie le sens.

     

    Plutôt que te dire adieu, avec toi la « nuit devient miroir de lumière », et je te dis à Dieu. Avec un « à » accent grave, puisque poète tu nous fais voler vers l’infini, l’intemporel, l’éternité et le ravissement. Tu as écrit :

     

    “La deuxième chose extraordinaire de ce jour, c’est l’eau de mes rivières, qui remonte vers sa source réinventée comme les vraies couleurs de tes rêves ; ou comme ces éruptions incandescentes de lave phosphorescente et de sang.”

     

    Poursuivons l’extraordinaire des rencontres : pour moi tu étais un cèdre, aux profondes racines invisibles aux passants, aux branches bien étalées dans le ciel, mais dont j’aimais t’écouter en parler, ayant mémoire de la terre de ta naissance, de sa luxuriante complexité mêlant les croyances et les paysages, les parfums et les querelles, les talents, les langues et l’art de la résilience.

     

    Est-ce sans doute pour cela que dans les variations climatiques du département théâtre tu offrais l’apaisement et la convivialité. Ce n’est par hasard que tu animais une formation appelée dans le vocabulaire énigmatique de l’université : « arts et médiations ». Tu apprenais à entrer dans le vif des blessures dont souffrent les humains, non en discourant, mais par l’action, le jeu, l’imaginaire incarné, le conte, corps et âme dansant.

     

    Oui le conte : la voix encore, et la musicalité que donne le bilinguisme, histoires à perte de rivages et d’amours. Alors, merci de nous l’avoir dit et écrit : « L’amour d’abord et encore. »

     

    Jean-Marie Pradier

     


     

    A Youssef Haddad, notre frère,

     

    Au-dessus de quel brasier de mots rassembler nos émotions quand c’est dans le silence de la douleur que s’unissent nos pensées aimantes à ton adresse.
    A cet instant, nous ne pouvons manquer de te dire notre présence tandis que le grand large te reçoit.

     

    Nous t’avons connu et reconnu à travers des histoires de rencontres que nous pourrions conter mais ces histoires bien qu’elles fussent intenses ne sont pas la vie, ta vie, celle dont nous avons essayé de nous accompagner mutuellement sur le chemin d’aventures créatrices selon un profond ressenti d’humanité et d’amour de ta part.

     

    Ce sont tes mots plus que les nôtres qui peuvent le mieux l’exprimer, tes mots créés à travers tout l’univers poétique que tu as voulu habiter sans las, à travers ton pays, ta famille, ta grande famille composée de tes tous proches, aussi bien que de tes étudiants.es et collègues non pas de travail mais de création artistique non moins que pédagogique et tout ce ci sous le règne du DON.

     

    Le don de l’imaginaire qui te fit réaliser des prouesses esthétiques avec si peu de moyens pécuniaires mais tant de richesse d’esprit.
    Ce terme de « don », il nous faut l’entendre dans sa pleine acception, lorsque pourvu d’une immense force d’empathie, tu sus l’exercer comme savoir, pouvoir donner ; c’est-à-dire accueillir l’autre et depuis cet accueil, permettre en lui l’émergence de ses dispositions jusqu’à leur floraison dont tu accompagnais l’épanouissement.

     

    Un pareil savoir pouvoir DONNER grâce auquel tu nous permets cet ultime jour de témoigner, n’avait d’autre dicte, o combien pédagogique que la fraternité, la sororité des langues, des cultures en leurs expressions les plus sensibles et parmi elles : la poésie.
    La poésie, tu as su à la hauteur de la recommandation de Hölderlin, l’habiter pour le monde, c’est-à-dire faire de ta propre écriture un habitat de l’être, ton être.
    Cette relation spirituelle à notre monde a fait partie de ce don, ce en quoi tu fus doué pour faire surgir la beauté tant à travers tes relations humaines qu’à travers la poésie.

     

    Ce don d’accueillir la beauté, tu l’as poursuivi avec exigence et radicalité, sans concession en pouvant la trouver parfois amère, la poursuivant non comme une fin mais un moyen de quérir, de construire une relation d’inséparabilité de l’humain et l’univers.
    Ainsi ta poésie écrite, orale, relationnelle ne fut jamais une embellie pour un certain état des choses mais le devenir même des choses de la vie et de nous avec elles.
    Ainsi tu parvins au quotidien de ton existence parmi nous, à générer ce que je nomme l’en-delà, ce tiers inclus à l’en-de-çà et à l’au-delà des choses.

     

    Sans doute aucun, ce n’est pas une marque que tu laisses pour un temps, mais une trace indélébile : celle qui indique que le chemin de « la vie en commun des hommes » est l’affaire de chacun.e en son temps, au rythme de son pas vers l’autre.

     

    Nous ne voudrions pas mettre un terme à cette nomination de ta personne cher Youssef sans rappeler un autre caractère exceptionnel propre à ce don qui fut le tien et pour lequel je porte témoignage, depuis l’espace universitaire qui nous a réuni durant de longues années.
    Tu as su ignorer une langue qui t’était totalement méconnaissable ; je veux parler de la langue de la rancune qui en certaines circonstances aurait pu t’envahir, mais jamais je ne t’ai entendu ni prononcer un seul de ses gros mots, ni frayer de quelque manière avec ses méchantes mœurs.
    Pour tout cela tu demeures un authentique frère-humain poète pour toujours.

     

    Philippe TANCELIN
    25 mai 2023

     


     

    Après tant d’années passées
    et de travaux côte à côte
    je suis sans voix
    à la pensée
    d’un bon camarade
    d’un très bon camarade
    et des dix, vingt-cinq, cinquante années et plus d’amitiés ravivées
    si loin de tous…
    un présent lourd et léger à la fois
    de pensées à tous nos amis

     

    au revoir

     

    Marc-André Risacher

    • Enregistrer au format PDF
    • impression
    • Agrandir le texte
    • Restaurer la taille normale
    • Réduire la taille du texte
    • retour en haut de la page