5 Décembre 2001


L’opéra de quat’ sous 

Le cinéma étant un instrument de combat, le metteur en scène n’est rien d’autre qu’un homme de combat. Il l’est toujours, à chaque instant de son travail. Jusqu’à son dernier souffle, il doit lutter pour ses idées, contre la muselière probable de la censure.”1
Il est difficile de savoir comment Pabst analysait son propre film, tant ses paroles sur le cinéma et sur ses films sont rares. L’opéra de quat’sous est d’autant plus indiscernable qu’il est à l’origine d’une discorde entre G.W Pabst et Berthold Brecht. Le film s’inscrit d’emblée dans une polémique, une divergence des interprétations. Le problème de l’adaptation se pose ici dans toute sa complexité. En effet, Berthold Brecht reprocha très vite au réalisateur son goût de l’artifice et de la mise en scène, au détriment de la satire sociale que suggérait la pièce de théâtre. Cependant, à sa sortie, le film est salué par la critique, qui admire sa liberté d’interprétation, et sa capacité à créer un monde purement cinématographique, qui s’énonce tout en mystère, en noirceur, et qui laisse transparaître une beauté mortifère, presque étouffante, une beauté qui dénonce sans avoir recours aux dialogues ou aux symboles. 
“Pour ce film, G.W Pabst paraissait abandonner son “objectivité” et prendre parti, sous l’ironie d’un divertissement raffiné et ordonné comme un ballet, dans le clair-obscur de belles photographies.”2


1 Propos de G.W. Pabst, repris dans Barthélémy Amengual, George Wilhem Pabst, Seghers, Paris, 1966
2 Georges Sadoul, Histoire du cinéma, Flammarion, Paris, 1962

C. E.

Retour

 

de G W. Pabst

1932
Allemagne
100 mn

Réalisateur : G.W Pabst
Producteur : Warner Bros, First National Tobis-Klang Film et Nero Films
Scénario : Léo Lania, Bela Balazs, Ladislaus Vjada d’après Brecht
Directeur Photo : Fritz-Arno Wagner
Décorateur : Andrew Andrejew
Musique : Kurt Weil
Interprètes : Albert Préjean, Odette Florelle, Gaston Modot, Lucy de Matha